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Virage du soutien à domicile: Tirer les leçons d’un an de crise

C’est le cœur lourd, en pensant aux dizaines de milliers de victimes de la COVID-19, que les entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EÉSAD) commémorent l’anniversaire de la crise sanitaire. Nous pensons aux personnes décédées, bien sûr, mais aussi à toutes celles qui ont traversé cette année dans la crainte et dans l’isolement. On ne peut oublier toutes les images de la dernière année : celles qu’on n’aurait jamais souhaité voir et celles qui, malheureusement, nous reviennent en mémoire. De mars 2020 à aujourd’hui, tout confirme que nous n’étions pas prêts et que nous ne le sommes toujours pas. Avant la première vague, la situation des aînés était déjà très préoccupante; le statuquo est devenu inacceptable et notre blessure collective est bien réelle.

Présentes dans tout le Québec, partenaires du réseau de la Santé et des Services sociaux, les EÉSAD et leurs près de 9000 préposées d’aide à domicile ont été en première ligne, présentes au quotidien auprès des plus vulnérables pour faire face aux défis et aux conséquences de la crise. Nous devons les remercier chaleureusement pour leur travail exceptionnel et, bien souvent, vital.

Le prix terrible payé par les aînés depuis un an ne doit pas être vain. Le deuil qui a frappé tant de familles ne doit pas être vain. La fatigue et les traumatismes accumulés par les personnes proches aidantes et les préposées d’aide à domicile ne doivent pas être vains. Cette immense tristesse ne doit pas se changer en rancœur et en colère, mais doit devenir notre force motrice. Toutes et tous, nous devons prendre conscience que cette crise n’est que la première des crises à venir si nous ne changeons rien, alors même que d’ici 2030, une personne sur quatre sera âgée de plus de 65 ans.

Bien qu’un récent sondage Léger dévoile que 91 % des plus de 55 ans désirent rester chez eux pour la vie, force est de constater que le Québec ne le permet pas. Collectivement, nous privons nos aînés de cette liberté fondamentale de choisir où ils veulent vivre. Sur le terrain, les EÉSAD ont pu constater de cette réalité : le virage du soutien à domicile, évoqué depuis 20 ans par les gouvernements successifs, ne s’est jamais concrétisé. Le recours à l’hébergement par manque de connaissances des services disponibles, par peur d’être isolé ou par manque de moyens financiers, reste la norme pour notre société.

Nous devons refuser la fatalité du déménagement et la marchandisation de la prise en charge des aînés. Un modèle fondé sur la dignité et l’humanité est possible. Sans attendre, il faut ouvrir un véritable chantier sur le soutien à domicile. Il faut avoir le courage de changer de paradigme. Pas seulement pour la satisfaction de le dire, mais avec le pragmatisme et la volonté de le faire. Le Réseau de coopération des EÉSAD est prêt à relever ce défi et il tend la main au gouvernement ainsi qu’à toutes les forces sociales pour que chacun, dans les prochaines années, puisse affirmer « Chez moi pour la vie ».

J. Benoit Caron, directeur général du Réseau de coopération des EÉSAD

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Marie-Ève Massicotte

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